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Publié par Erich ALAUZEN

Un savoir-faire multimillénaire reconnu à l’international : le travail des potières de Sejnane en Tunisie

Sejnane, la ville des cigognes, sur les hauteurs du Massif de Mogod, (écrit aussi Sejnene) est une petite ville du nord de la Tunisie, temple de la production de poteries artisanales aux motifs berbères que l’on retrouve sur les vêtements ou sur les tatouages traditionnels.

Sejnane, au milieu d’une campagne luxuriante composée de plaines verdoyantes et de bocages champêtres, devrait toujours s’inscrire sur le carnet de visite du touriste, qu’il soit autochtone ou étranger. En effet, cette ville est absolument unique. Pourquoi ? Par la valeur de ses femmes potières, d’abord et par le fait que ce travail de poterie a été reconnu par l’UNESCO en septembre 2018, en le référant sur sa liste du patrimoine culturel immatériel. Imaginez que ces femmes, et uniquement elles, répètent les mêmes gestes, transmis de mère en fille, depuis la fin de l’âge de bronze, soit environ -3500 ans avant Jésus-Christ.

Les poteries de Sejnane n’ont pas changé depuis des siècles : leurs motifs symétriques et convergents, de nature figurative, tracés en rouge ou en noir, sont facilement reconnaissables (mais malheureusement ô combien mal copiés !). N’utilisant ni four, ni tour, les potières façonnent ces magnifiques poteries à usage alimentaire (cuisson et conservation) à la main et les cuisent sur un feu de branches et de bouses de vaches.

En fait, elles travaillent d’abord un mélange composé d’argile et de briques concassées au pied par ces mêmes potières (avant l’apparition des briques, elles utilisaient des débris de pots cassés). Une fois séchées, les poteries sont enduites d’une fine couche d’argile blanche et sont ornées de motifs dessinés avec une terre rouge ocre… Comment obtiennent-elles ce joli poli ? En frottant la poterie à l’aide d’un simple coquillage !

Pour obtenir les traits noirs, les potières de Sejnane utilisent les feuilles de lentisque, pilées jusqu’à l’obtention d’un liquide appliqué au bâton après une première cuisson. Les dessins verdâtres deviendront noirs grâce au contact de la chaleur.

On parle bien d’artisanat ancestral, passé de l’utilitaire au décoratif, lorsqu’on prononce le mot Sejnane. En 2011, juste après la révolution, une coopérative de potières est créée pour sauver cette tradition de plus en plus abandonnée par les femmes qui ne trouvent aucune compensation, ni aucun revenu en perpétrant ces gestes millénaires.

En sept ans, la tradition est purement ressuscitée jusqu’au couronnement en 2018 par l’UNESCO et grâce à l’action de la Fondation Essalem et d’un collectif d’artistes tunisiens et étrangers qui travaillent ensemble sur le projet Laaroussa qui réorganise le métier des potières, qui l’adapte aux conditions d’aujourd’hui et qui veille à leur bien-être et à leurs succès financiers.

Devenues incontournables, les poteries de Sejnane sont présentes partout, lors des expositions nationales ou internationales consacrées à l’artisanat, dans les concept-stores, boutiques, et s’affichent avec fierté dans toutes les actions de promotion du patrimoine national tunisien.

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