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Publié par Erich ALAUZEN

L’incroyable oubli collectif de la pandémie de grippe de Hong-Kong (1969) qui a causé un million de décès dans le monde

"69, Année pandémique", documentaire absolument passionnant diffusé ce weekend sur la chaîne Public Sénat où des experts de la santé de haut niveau (français, belges et suisses) reviennent sur la pandémie de grippe (H3-N2), (appelée Grippe de Hong-Kong) de 1969, passée complètement inaperçue à l'époque, en France et dans le monde, malgré les 36 000 morts qu'elle a fait en France (le coronavirus a tué 32 000 personnes à cette date)...

La grippe de Hong Kong serait apparue en Chine Centrale en février 1968 avant d’atteindre Hong Kong (alors colonie britannique) en juillet 1968 : 15% de la population est contaminée selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS). Un Congrès International de Médecine Tropicale et du Paludisme à Téhéran en 1969, avec des chercheurs venus du monde entier, représente un nouveau cluster (on n’utilisait pas ce mot en 1969) tandis que les Marines, au retour du Vietnam, propagent la maladie aux Etats Unis, provoquant un bilan de plus de 50 000 morts en moins de trois mois…

La souche H3N2 entraînait des symptômes typiques de la grippe, plus ou moins sévères : une toux sèche et douloureuse, des douleurs musculaires, une fièvre élevée, des maux de tête... Chez les personnes souffrant d’autres pathologies et donc plus fragiles ainsi que chez des patients jeunes, le virus pouvait causer des œdèmes pulmonaires aigus avec toux violente et crachats de sang

« On essayait de les ventiler mais ils mourraient très vite", rapporte Professeur Pierre Dellamonica, ancien chef du service infectiologie du CHU de Nice dans un article paru sur Le Figaro.

La chaîne Public Sénat présente son documentaire :

« Qui se souvient qu´entre 1968 et 1970, une pandémie a fait plus d´un million de morts dans le monde dont 36 000 en France ? Personne ou presque - y compris parmi le personnel soignant de l´époque ! Cette grippe dite « de Hong Kong » a pourtant bloqué des pans entiers de l´économie et endeuillé de nombreuses familles. 50 ans plus tard, la crise du Covid-19 a réveillé les mémoires et donné envie de comprendre ce qui a changé entre 1969 et aujourd´hui dans la gestion d´une pandémie, notre rapport à la mort et à la maladie, la couverture médiatique, la confiance en la science... Avec des archives, des témoignages de ceux qui ont vécu de près cette épidémie et des entretiens avec des experts belges, suisses et français, ""69 Année pandémique" raconte l´histoire folle d´une amnésie collective et éclaire de façon surprenante ce que nous vivons aujourd´hui. »

Les journaux de l'époque en parlaient à peine, même si les ministres du gouvernement (dont Valéry Giscard d'Estaing alors ministre des finances) en étaient atteints, mais déclaraient fièrement ne pas arrêter leur travail, contaminant ainsi leurs collaborateurs... De temps en temps, les média nationaux ou régionaux mentionnaient les effets désastreux de la grippe de Hong-Kong, mais jamais à la une de leurs publications…

«La vague de froid qui a récemment recouvert la France a provoqué plusieurs épidémies de grippe, affectant notamment le Sud-Ouest», était annoncé brièvement dans Le Monde du 3 décembre 1969. «10 % du personnel de la SNCF de la région Toulouse-Pyrénées est malade», pouvait-on lire dans France Soir dans un minuscule article.

«La CPAM de Périgueux a dû fermer ses bureaux pour cause de maladie du personnel» informe France Soir…  On lit également que des trains sont annulés à cause des grippes des cheminots, des écoles sont fermées puisque les professeurs sont grippés et que le chancelier allemand Willy Brandt est alité, de même que l’est une très grande partie de l’Europe de l’Est.

Pourtant, les hôpitaux sont débordés, les médecins sont complètement dépassés… Mais la pandémie n’intéresse personne : ni les Français, ni les média, ni les politiques !

Bien évidemment, le web n'existait pas encore et l'information ne se transmettait que via télégrammes et télex... Une notion de fatalité était alors liée à cette grippe, considérée comme maladie naturelle et non évitable...

Ce n'est que de nombreuses années plus tard que les chercheurs se sont interrogé sur la pandémie et ont découvert qu’elle avait causé la mort de 30 000 personnes, chiffre révisé plus tard à 36 000. Les organes de santé français n'ont jamais été inquiétés pour rendre des comptes pour leur non-gestion de la pandémie (mot non utilisé à l'époque)... Pire, en 1969, les Français se sont fait vacciner avec un mauvais vaccin : en effet, les laboratoires continuaient à vacciner avec les souches du H2-N2 (grippe asiatique) alors que le virus avait muté et qu’il aurait fallu vacciner contre le H3-N2 (grippe de Hong-Kong)… Incroyable, mais vrai… Un constat édifiant confirmé par Yves Mouton, médecin à Lille en 1969, dans le cadre du documentaire de Public Sénat.

50 ans plus tard, exactement, la Covid-19 apparaît et on découvre une nouvelle façon de percevoir les maladies… Avons-nous plus peur de la mort, sommes-nous si dépendants du joug des média et des politiques ? Sommes-nous moins fatalistes ? Pourquoi un tel écart de perception entre les deux pandémies, à cinquante ans d’intervalle ? Pourquoi la pandémie de 1969 n’a jamais inquiété les bourses mondiales ? Pourquoi aucune politique sanitaire n’avait été mise en place ? Faut-il apporter une différence entre pandémie et crise sanitaire ?

Des réponses apportées dans le documentaire de Public Sénat dans le cadre d’une émission animée par Jérôme Chapuis.

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