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Publié par Erich ALAUZEN

En 1918, la mort se présente sous deux visages : la guerre et la grippe espagnole

D’abord, si on parle de grippe espagnole, véritable catastrophe humaine et sanitaire, il faut bien comprendre qu’elle n’a absolument rien d’espagnol… Alors que l’épidémie faisait déjà rage (nous étions à la fin de la première guerre mondiale), les différents états avaient préféré ne pas en parler… Seule l’Espagne, qui avait gardé la neutralité pendant tout le conflit de 1914 à 1918, et non concernée par le secret militaire, fut le premier pays à avouer publiquement l’existence de cette maladie qui allait faire plus de morts que la première guerre mondiale elle-même et qui fut plus meurtrière que la peste noire du quatorzième siècle.

Quels étaient les caractéristiques de la grippe espagnole ?

La grippe espagnole ressemblait beaucoup, en termes de symptômes au Covid-19 : fièvre, toux, difficultés respiratoires, affaiblissement des défenses immunitaires, surinfection bactérienne au bout d’une dizaine de jours après les premiers symptômes grippaux.

Quelle était son origine ?

D’après les travaux de chercheurs américains, comme Michael Worobey, professeur de biologie à l’Université d’Arizona,  la grippe espagnole serait née de la combinaison d’une souche humaine (H1) provenant de la grippe saisonnière H1N8 en circulation entre 1900 et 1917, et de gènes aviaires (les oiseaux représentent des réservoirs naturels de très nombreux virus) de type N1, d’où l’appellation de la souche, H1N1, émergée entre 1917 et 1918, variante de la souche de ce que nous avions connue en 2009.

Pour certains chercheurs, la grippe espagnole provient des Etats-Unis, mais pour d’autres, elle proviendrait de l’Asie.

Comment a-t-elle sévi dans le monde entier ?

En fait, la grippe espagnole est apparue pour la première fois dans l’état du Kansas, aux Etats-Unis. Elle a sévi pendant près de deux ans, mais en trois vagues successives comprises entre avril 1918 (quelques mois avant la fin de la grande guerre qui se terminait le 11 novembre 1918) et l’été 1919.

Toute aussi contagieuse que le Covid-19, la grippe espagnole a commencé à se répandre aux Etats-Unis avant de continuer à s’étendre en Europe, d’abord en France (via les soldats américains venus soutenir la France et ses alliés), puis en Angleterre, Espagne et Italie et pays limitrophes, enfin jusqu'aux colonies par le biais des paquebots, gagnant ainsi l'ensemble des continents.

La première vague (à partir de mars 1918) est peu meurtrière, se contentant d’affaiblir les personnes contaminées. Le virus atteint son apogée en juin 1918, mais n’est pas pris au sérieux par les gouvernements européens qui, en juillet 1918, considèrent l’épidémie terminée…

Pourtant, dès septembre de la même année, dans les dernières semaines de la guerre, la seconde vague épidémique (après mutation du virus) survient, beaucoup plus dangereuse et beaucoup plus meurtrière, causant un nombre exceptionnel de décès, partout dans le monde. Le pic de mortalité est atteint entre novembre et décembre 1918. Durant cette période, la mortalité du virus s’avère foudroyante et les personnes atteintes meurent en quelques heures.

De fin décembre 1918 à janvier 1919, le monde connaît une période d’accalmie et on croit encore que l’épidémie devenue pandémie est terminée… Pourtant, c’est sans compter sur la troisième et dernière vague, à partir de fin janvier 1919, où de très nombreuses vies continueront à être emportées. Cette dernière vague de grippe espagnole s’éteint à la fin du printemps 1919. En été de la même année, la maladie aura disparu.

Durant ces dix-huit mois, près de la moitié de la population mondiale aura été contaminée.

En 1918, des conditions propices pour la propagation de la grippe espagnole

En 1918, les populations n’avaient pas du tout conscience des mesures d’hygiène élémentaires que nous appliquons aujourd’hui pour nous protéger du Covid-19 : la distanciation sociale n’existait pas (imaginez ce qui s’est passé en novembre 1918, fin de la guerre, avec toutes les réjouissances et les regroupements qui existaient pour célébrer en fêtes la fin du conflit), le confinement n’était pas pratiqué. En outre, les populations sortaient de ce conflit de quatre ans avec des organismes affaiblis.

Toutes ces conditions furent propices pour une contamination massive des populations à travers le monde.

La France ne prend aucune mesure à cause de la censure de guerre

La ville de Paris sera particulièrement touchée lors de la seconde vague d’épidémie. Par exemple, en une semaine, du 6 au 12 octobre 1918, le nombre de décès dus à la grippe espagnole s’élève à 616. Manque de lits, manque de médicaments, manque de personnel, le gouvernement en place (qui refuse de comptabiliser le nombre de morts afin de ne pas nuire au moral des citoyens, déjà très affaibli par la guerre) – le Président de la République est Paul Deschanel depuis janvier 1918 - est très vite dépassé. Les Français, en outre, à cause de la censure de guerre, ne reçoivent aucune information, ni aucun message pour les inciter à se protéger. La troisième vague, malheureusement, finira de faire son triste travail en touchant les dernières régions de France, épargnées jusqu’alors.

Après plusieurs semaines, le gouvernement se décide enfin à prendre des mesures, dont celles de quarantaine.

Combien de morts causées par la grippe espagnole ?

La grippe espagnole est la pandémie la plus meurtrière de toute l’histoire du monde. Elle a dépassé la peste noire de 1348 qui détenait jusque là le triste record de morts (chiffres estimés à 34 millions de victimes) et aurait causé la mort de 20 à 50 millions de personnes à travers le monde.

Rappelons que la première guerre mondiale avait déjà fait entre 9 et 10 millions de victimes.

Surnommée la grande tueuse, la grippe espagnole a causé la mort de plus de 549 000 Américains, 426 000 Allemands, 400 000 Français et 153 000 Britanniques. Le nombre de décès en Europe dépasserait les 2,3 millions, tandis que l’Inde avait recensé 18,5 millions de morts et la Chine, un chiffre compris entre 4 et 9,5 millions de morts.

Les chiffres font toujours débat à cause de la censure militaire de la première guerre mondiale et des difficultés de recensement de certains pays, par exemple en Afrique et en Asie.

La grippe espagnole en Afrique

L’Afrique étant en 1918 colonisée par les Européens, a été, comme le reste du monde, particulièrement touchée par la grippe espagnole. On estime le nombre de victimes à 2,4 millions selon le Bulletin de History of Medicine (2002). Mais il s’agit bien là d’une estimation tout comme la proportion de personnes contaminées, 30 à 80% de la population.

Le manque d’hygiène et la précarité des populations ont constitué des facteurs de propagation rapide de la maladie.

Quelles sont les réactions des gouvernements après la grippe espagnole ?

Les gouvernements réalisent la nécessité de mettre en place une médecine socialisée, ainsi que des impératifs incontournables d’hygiène et un réseau de surveillance de toute épidémie et pandémie, intraitables de manière individuelle.

La volonté de faire face à toute nouvelle pandémie devient la nouvelle priorité des autorités sanitaires internationales. En 1922 la Société des Nations (SDN), créée en 1919, met en place le Comité de la Santé et de l'Organisation d'Hygiène qui précèdera l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), afin de parer à toute éventualité du retour du virus H1N1.

Le terrible bilan de la grippe espagnole conduira également à stimuler les domaines de la virologie et de l’épidémiologie, jusqu’alors considérées comme des sciences embryonnaires.

En 1918, la mort se présente sous deux visages : la guerre et la grippe espagnoleEn 1918, la mort se présente sous deux visages : la guerre et la grippe espagnole
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