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Publié par Erich ALAUZEN

J'allais faire des recherches sur ce mythique Canal de Panama aussi célèbre que son cousin, le Canal de Suez, lorsque Bernard Meunier, Vice Président de l'Académie des Sciences, m'amena le sujet tout prêt sur un plateau d'argent dans son article paru sur Le Figaro...

Si le débarquement de Provence en ce 15 août a mobilisé tous les média, le centenaire de la création du canal de Panama a été complètement zappé, comme on dit maintenant... Et c'est bien dommage quand on connaît l'importance de ce canal, creusé par des équipes françaises et entaché en France par le Scandale de Panama, une affaire glauque de corruption qui éclata durant la troisième république et qui éclaboussa plusieurs hommes politiques français tout en ruinant de petits épargnants...

Mais laissons parler Monsieur Meunier...

"En ce mois d'août, personne en France ne fêtera le centième anniversaire de l'ouverture du Canal de Panama. Certains se souviendront d'une ou deux pages de leurs livres d'histoire au lycée mentionnant le scandale de Panama et les chèques touchés par de nombreux députés dans les années 1890, un peu avant l'affaire Dreyfus, mais peu pourraient dire combien les entrepreneurs et ingénieurs français ont été les initiateurs de la construction d'un canal gigantesque permettant de relier deux océans et qui, inchangé depuis un siècle, assure chaque jour le passage de plus de 40 bateaux de commerce. Quatre français ont joué des rôles essentiels dans le démarrage et la poursuite du plus grand chantier du monde pendant plus de trente ans, entre 1880 et 1914: Ferdinand de Lesseps, Gustave Eiffel, Adolphe Godin de Lépinay et Philippe Bunau-Varilla. Les deux premiers sont connus de tous, le troisième est connu de très peu de personnes et le quatrième de quelques historiens.

Panama n'est pas Suez ! Il faut creuser à travers la trace de la Cordillère, à plus de 100 mètres au-dessus du niveau de la mer, dans une zone tropicale infestée de moustiques, vecteurs de la fièvre jaune et du paludisme.

Ferdinand de Lesseps, le Grand Français, comme se plaisait à l'appeler de nombreux journaux après son formidable succès avec le creusement du canal de Suez, décide à plus de 70 ans de se lancer dans une nouvelle aventure: relier les océans Atlantique et Pacifique. Sa passion d'entrepreneur l'emporte sur la sagesse. Il va se lancer avec fougue, en faisant semblant d'écouter les ingénieurs compétents, dans un projet de canal à niveau comme celui de Suez. Mais Panama n'est pas Suez! Il faut creuser à travers la trace de la Cordillère, à plus de 100 mètres au-dessus du niveau de la mer, dans une zone tropicale infestée de moustiques, vecteurs de la fièvre jaune et du paludisme. Le désert égyptien était chaud, mais plus sain et les reliefs inexistants.

Pour rassurer les investisseurs et donner une dimension internationale à cette entreprise qui allait faire la gloire de la France, De Lesseps organise un colloque à Paris, en mai 1879, avec 136 délégués représentant 22 pays. Différents projets sont discutés dont celui proposé par les américains, reliant les deux océans au Nicaragua. Le choix de De Lesseps se porte sur la zone de Panama, une province de la Colombie à cette époque. Face au projet de canal à niveau soutenu par De Lesseps, deux ingénieurs sont en faveur d'un canal à écluses, Gustave Eiffel et Adolphe Godin de Lépinay. Le premier, mondialement connu pour la construction de ponts et de viaducs, maitrise la technologie pour mettre en œuvre des écluses de taille inusuelle. Il propose ses services, attiré par le prestige de cette entreprise, mais également conscient des difficultés du projet d'un canal à niveau. Ce centralien avait compris qu'il y avait beaucoup de millions de mètres cubes de terre et de roches à déplacer!

Dix années de travaux difficiles vont conduire au percement du canal, il sera inauguré le 15 août 1914. Les titres des journaux européens étaient occupés par d'autres évènements en ce même mois d'août. Ce même jour, les troupes allemandes livraient bataille pour prendre possession de la Meuse à Dinant.

Le second propose non seulement un canal à écluses, mais surtout la création d'un lac artificiel en créant un barrage à Gatún, côté Atlantique, alimenté par une rivière à régime tropicale, le Chagres, qui s'est avéré ingérable dans le projet initial de De Lesseps qui devait croiser plus d'une dizaine de fois le cours de ce fleuve. De plus, la création de ce lac réduisait de plus de 70% les travaux d'excavation sur l'ensemble du parcours. Dans un plaidoyer détaillé, Godin de Lépinay, un X-Ponts ayant eu l'expérience de la construction de chemins de fer, dont un au Mexique, c'est-à-dire en zone tropicale avec ses «fièvres», demande aux délégués du colloque international de rejeter le projet de canal à niveau: «Le canal avec relèvement de plan d'eau est aussi plus rapide, il est plus facile à la navigation. Coûtant 500 millions de moins que le canal à niveau, il est le seul qui puisse rémunérer les capitaux. Enfin, et cela est le plus considérable pour moi, qui est fait exécuter des travaux dans l'Amérique tropicale, en réduisant les travaux insalubres à leur minimum, il épargne la vie de plus de cinquante mille hommes sacrifiés sans utilité dans l'exécution du canal à niveau.» Tout est dit dans cette explication de vote en mai 1879: l'échec du canal à niveau entrepris par de Lesseps, les maladies tropicales (fièvre jaune et paludisme) qui vont tuer plus de 25 000 personnes. La première société créée par de Lesseps va faire faillite, une seconde sera mise en place, ruinant au passage des dizaines de milliers de petits porteurs français, et «arrosera» la Chambre des Députés pour lever un emprunt à lots. En 1889, la Compagnie Universelle Interocéanique était mise en faillite.

Un quatrième français va offrir aux américains, sur un plateau d'argent, selon les propos du Président Théodore Roosevelt, la possibilité de reprendre la construction du canal en apportant la solution technique, le canal à écluses, celui de Godin de Lépinay, et la solution géopolitique en organisant l'indépendance du Panama! Philippe Bunau-Varilla, un X-Ponts ayant travaillé pour la compagnie de De Lesseps connaissait tous les détails techniques et était convaincu de la nécessité de créer un lac artificiel pour réduire les travaux de creusement. Dès 1902, il anime une campagne de lobbying intense auprès du Congrès américain et du Président Roosevelt. En même temps, il réussit à convaincre le Président de la Colombie de céder le contrat du canal des français aux américains. Sans un vote négatif du Sénat colombien, tout se serait passé normalement! Qu'à cela ne tienne, en moins d'un an, Bunau-Varilla va être au cœur de l'organisation d'un coup d'état assurant l'indépendance du Panama le 3 novembre 1903. Il se fera nommer ministre plénipotentiaire de ce nouvel État et signera, tout seul avec le Secrétaire d'État John Hay , quinze jours après, le 18 novembre, un traité assurant aux États-Unis la souveraineté à perpétuité sur une bande d'une dizaine de kilomètres de part et d'autre du canal.

Dix années de travaux difficiles vont conduire au percement du canal, il sera inauguré le 15 août 1914. Les titres des journaux européens étaient occupés par d'autres évènements en ce même mois d'août. Ce même jour, les troupes allemandes livraient bataille pour prendre possession de la Meuse à Dinant. Quant à Godin de Lépinay, décédé en 1898, il ne verra pas l'achèvement du canal à écluses avec son lac artificiel. Personne ne lui rendra hommage, sauf un auteur américain, David McCullough, dans son livre «The Path Between the Seas» en 1977. Godin de Lépinay fera don à l'Académie des sciences de son domaine, situé sur les communes de Journet et Montmorillon dans la Vienne. En ce centenaire du canal de Panama, n'oublions pas ses compétences et sa lucidité d'ingénieur."

Source :

http://www.lefigaro.fr/vox/histoire/2014/08/15/31005-20140815ARTFIG00140-centenaire-du-canal-de-panama-l-anniversaire-oublie.php

Histoire : Un anniversaire oublié : celui du centenaire du Canal de Panama
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